Blogue compulsif de Maxime Charbonneau

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« Avec la force comme alliée, d'autres temps, d'autres lieux tu verras ! » — Yoda

Le grand voyage vers ailleurs qu'il avait entrepris le conduirait-il au désert sans fin? L'homme solitaire marchait le long des lieux qui s'entrelaçaient dans son existence. Absorbé dans les images qui entremêlaient les réalités diffuses. Les signes des passages temporels occupaient toute sa réflexion. Étrangement, ils étaient gravés sur les jardins de son observation. Une école primaire ou les enfants couraient le long des boisés. Jeu enfantin, autobus jaune, neige, hockey et autres souvenirs.

Il eut jadis un mouvement d'euphorie dans sa vie mélangée. Un grand salon ou les festins ne semblaient pas vouloir s'arrêter. Il était déjà vieux et il savait d'avance où les parcours de ses amis carnavalesques se dirigeaient. Il voyait, il savait et pourtant l'impitoyable et affreuse marque s'affichait toujours. Le compte à rebours, l'ennemi était déjà là. Assis sur son divan en face de lui, il le regardait. C'était un si vieil ennemi que l'homme avait pris l'habitude de ne plus l'écouter. Parfois, dans sa réflexion silencieuse avec ce dernier, ses amis s'approchaient et lui demandaient si tout allait bien. Il n'avait qu'un mouvement réflexe, il se devait d'être rassurant, ils ne pourraient comprendre les mondes que sa vision ouvrait devant lui.

Le mur vert lime affichait une foire, la foule anglaise s'approchait, les canards tournaient le long de l'étang artificiel. Un enfant tentait de trouver le meilleur canard. Et puis le son des manèges qui s'activaient. Elle n'avait aucun sens dans sa vie. Et pourtant elle était là. S'approcha, lui fit une étreinte et soudain, elle disparut. Le salon s'était rempli durant son moment d'absence. La foule s'activait, la musique, le son des amusements, les alcools et les jeux. La grande roue illuminée tournait dans sa tête. La musique, les clowns et les temps s'entrelaçaient.

Il croisait son regard, un déguisement un peu trop éméché. Quelques champignons le rendaient confus. Quelques années plus tard, la vitesse de sa voiture frapperait un arbre dans une courbe, seul et isolé, la mort ferait son œuvre, mais pour l'instant il était heureux et philosophait sur le sens des choses, bien installé sur la table adjacente au baril de bière.

Il entra dans les toilettes, le passage interdit vers l'au-delà s'ouvrit, la lumière diffuse que lui offrit le puits de lumière. Tard dans la nuit, le quatre-roues roulait bien vite dans le dépotoir, les signes s'affichent sur chaque sac de vidanges. Et puis, les arbres, la forêt et dans son milieu les astres l'éblouissent. Il vit une usine délabrée, finalement entouré par des loups. Un à un, dans la lumière, ils venaient lui porter révérence. Il comprenait que non loin de lui, observant en silence, l'ennemi ne pouvait rien, l'heure n'était pas la bonne.

La musique remplit de nouveau son âme. La bouteille de vin était vide. Il sortirait bientôt de son antre. Il devait redevenir l'hôte de sa soirée, celui que l'on s'attendait de trouver, celui-là qui trouvait toujours le moyen de changer les règles du jeu. Il croisa son regard, elle cherchait ce qu'elle pensait avoir trouvé. L'homme ne pouvait pas lui dire que dans quelques années, épuisée d'essayer de remettre en marche un amour perdu depuis des lustres, elle irait se jeter dans l'épuisement de tentatives vaines pour retrouver, un seul instant, le moment qu'elle vivait ce soir.

Soudain, une voiture folle traversa le salon. Il se reconnaît. Nous sommes quelque part, plus tard, bien plus tard, pourchassés par quelques voitures non identifiées. Il traverse une banlieue sans nom, chaque voiture porte un numéro d'un jaune différent. Il roule de plus en plus vite. Les paysages se transforment et les maisons de banlieue se dissolvent. Sa voiture freine. Il abat d'un coup de feu bien précis ses ennemis et s'affale dans le divan, personne ne semble avoir vu le danger.

L'homme se leva, et regarda son corps en mouvement sur la piste de danse. La musique était beaucoup trop forte. Comme d'habitude, les moments d'absences provoquaient des doublons dans les lignes du temps. Une étrange femme fantomatique, habillée en uniforme d'ouvrière lui donna une bière et s'évapora au son du piano.

Quand il sortit de nouveau de sa torpeur, la pièce était vide, les serpentins sur le sol, l'odeur de bière lui donna envie de quitter les lieux. Il sortit, passa devant l'église, il marchait vers le parc. Il termina sa deuxième bouteille de vin sur les tables de pique-nique. Il vit soudain, un vieil homme, canne en main, s'avancer vers lui, le son de sa voix inaudible. Derrière lui, l'homme, l'adversaire, l'ennemi. Le vieil homme s'affala. Le cœur avait lâché.

Moment publicitaire

Comme un doux son d’apocalypse, l’écho des pas gravait l’espace de la pièce. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que vous voulez dire? Il semble qu’un léger malentendu affecte les syllabes lorsque vous tentez de me faire comprendre l’étendue des valeurs universelles qui se multiplient dans l’ordre logique de votre raisonnement. Il m’apparaît clairement comme impossible de souscrire aux apitoiements de votre être étalés ici. Il n’y a pas de malentendus, il y a des certitudes qui explosent le long de la vitre et votre logique non plus ne pourra pas vraiment résister très longtemps. Il n’y a qu’une chose de certaine : une bouteille de vodka ne se remplit pas. Et puis mon attention fut de nouveau attirée par son regard carnavalesque, sa démarche loufoque, son rire détendu, son ironie sans faille et surtout ses caresses poétiquement poussiéreuses. Bon d’accord, il faut bien l’admettre, nous nous sommes plantés. Fallait-il peut-être prendre la peine de dégriser quelque peu avant de commettre l’irréparable. Je ne vois pas pourquoi vous cherchez encore à fuir, ils sont déjà partout. La pièce est encerclée et dans quelques secondes, que dis-je, dans quelques microsecondes, la porte risque de voler en éclat. Mais nous voulions cela, non? Nous voulions absolument y être pour vivre ce seul et unique moment d’existence qui se cristallise, mais ils n’ont rien compris. Ils ont voulu rendre ce moment télésatellitaire, il voulait que cet instant soit dans l’espace pour leur permettre de vendre de la publicité. Un animateur en costume trois-pièces et une animatrice ancienne « top model » comme vedette d’un téléroman sur le pourquoi du comment. Il leur fallait donc mettre toute la gomme.

Dans le paradoxe de la fin des temps ou de la chute, le moment révolutionnaire est complètement détruit lorsqu’il se déploie dans l’espace. Il devient moment publicitaire. La machine l’absorbe et il devient marchandise de consommation, comme un tube de dentifrice, une marque de voiture ou encore un nouveau divan modulaire fabriqué en Chine avec un nom suédois. Ma chérie, nous allons dans quelques secondes devenir la première page d’un journal qui offrira la bande-annonce sous notre photo à la première compagnie marchande de passage. Ceux-ci sans aucune gêne s’annonceront avec nous. En fait, cela n’aura vraiment aucune importance. Voilà donc aussi toute la différence entre vous et moi. Je suis ici parce que je crois en vous et non parce que je pense que la situation changera grâce à un appel grandiose à la résistance du prolétariat. Pour moi, cela n’a aucune espèce d’intérêt et seule l’expérience pour l’expérience m’importe. Nous sommes la suite infinie du processus publicitaire. Nous sommes une marque de commerce, nous sommes une statistique de « focus group ». Que pense la génération postrévolutionnaire de son idéal tourmenté? L’animateur se retourne avec son sourire en dents refaites par un dentiste blasé qui trompe sa femme avec une étudiante, danseuse dans ses temps libres. Et il ose nous accuser du haut de sa chaire de prêtre « New Age ». Il faudra faire une étude statistique, convoquer le centre communautaire local, accorder à une intervenante bardée d’une maîtrise en anthropologie et une jolie paire de seins refaits par son amoureux qui l’aimait vraiment beaucoup, mais qui trouvait ses seins désespérément trop petits, mais je divague encore. Il faut me le rappeler, ma chère, je divague toujours un peu quand je parle trop. Elle trouvait, en effet, que je parlais trop. Il faudra bien lui prouver le contraire sinon je serai bientôt perçu comme tous les autres.

Elle regarda le banquier, me fit un sourire inoubliable et lui explosa la cervelle à l’aide de son bâton de baseball. Les otages, je crois, avaient compris qu’ils étaient près de la fin de la partie. Dehors, les sirènes de police s’activèrent. Dieu que je l’aimais cette fille.

Le Passage (Labyrinthe VII)

Et j’ouvris les yeux pour découvrir un espace hors du temps où tournoyaient les ombres violacées de la nuit en disparaissant rapidement à l’horizon. Dans ce lieu, d’un blanc immaculé, il n’y avait plus de murs, plus de salles, plus de palais, plus de temps. Même la cité avait disparu. Mes pupilles s’émerveillaient devant cette absence de contraste. Un faisceau lumineux éclaira mon visage, s’enfonça dans mon esprit et les certitudes des réalités multiples se matérialisèrent devant moi.

Le vent s’emporta, d’abord brouillon, puis de plus en plus fort, jusqu'à balayer la fondation des équations. Hors du temps, je naviguais comme un marin perdu au cœur d’une tempête sans trop savoir où se cachaient les récifs bucoliques.

Et puis rien, juste le vide et une pièce qui se précise. Un ovale, une chaise et des bruits d’enfants qui riaient autour de moi, mais je ne voyais aucune âme. Dans les séjours perdus aux îles souvenirs de jadis, il ne restait que des éclats d’images qui s’affichaient sur les blancheurs des astres qui m’entouraient. Lorsque l’on traverse hors du temps, le sang cesse de couler dans les artères de la vie. J’affrontais le monde vide des blancheurs célestes.

Je repris contact avec la réalité du labyrinthe et j’aperçus un homme se diriger vers moi. Il dégaina son épée. Je le reconnus, c’était le prince. Il portait un grand complet de velours turquoise, son cou cintré d’un solide protecteur métallique comme chacune de ses jambes. Ses armoiries brodées se déployaient sur le devant du complet : deux grands scorpions, l’un noir et l’autre blanc.

Le passage que j’avais franchi avait modifié ma compréhension des mécaniques du labyrinthe. L’espace seconde plus tard, je tenais une épée et le velours turquoise caressait mes bras. Sur mon torse, deux scorpions s’affichaient en armoiries grandioses. J’étais en haut de l’escalier et tout en bas, le bal de l’impératrice battait à pleine mesure.

La salle de bal Labyrinthe VI

 

Et j’entrai dans la salle de bal, rapidement absorbé par une ambiance en complet décalage avec celle du labyrinthe. De grandes statues de marbre du prince taillées par les plus grands sculpteurs encerclaient le plancher de danse. Tout en haut, sur une mansarde de pierres anciennes, jouait un orchestre vêtu de grands vêtements de soie amples, confectionnés par les meilleurs tailleurs. Il jouait une musique douce qui brisa dans mon cœur la mélancolie accumulée depuis tant d’années d’errance dans les infâmes couloirs de la perte des sens. Cette musique nous fait oublier le temps qui fuit. Même le sablier des temps immortels s’écoule plus lentement. Les lois de la physique terrienne ne s’appliquent plus et les relations atomiques ne suivent plus l’échelle normale de l’évolution. Cette musique n’avait aucun son d’amertume, elle était parfaite. Pour la première fois, je constatai que le temps du labyrinthe n’était pas celui des hommes, mais bien celui de puissances qui ne se dévoilaient habituellement pas aux mortels.  

Derrière eux se trouvait un immense trône et je présumai qu’il s’agissait de celui de l’impératrice. Le trône était vide. Elle ne se trouvait pas là où je l’attendais. Dans un battement d’ailes, une réalité nouvelle s’offrit à mes yeux. Je croyais la salle de bal vide, mais en un espace seconde, elle fut remplie de convives. Toute l’aristocratie du labyrinthe dans sa splendeur, sa grandeur et sa supériorité se trouvait là, devant mon regard troublé par une apparition aussi soudaine.

Un serveur en smoking s’avança lentement vers moi, l’air méprisant. Il sait que je ne suis pas d’ici et il m’offrit ma boisson préférée dans un grand verre de cristal. Je pris doucement une gorgée, un peu comme un enfant incertain des conséquences de son geste. N’ayant pas été assez prudent, ma vision s’embrouilla, la salle de bal devint floue, grise et brumeuse. J’ai la tête qui tourne, je sens que la réalité s’effrite devant mon regard de simple passant ahuri.

Nuits Américaines

NUITS AMÉRICAINES

 

Nuits américaines

Néons et autoroutes

Miroirs des astres

Camions illuminés

Dans les « drives in » désertés

Croisement de routes

Poste de péage

Sur les dérives de l’existence

Annonce de perte de sens « un-huit-cents »

Désamour et désunion

Cigarettes à profusion

Panneaux fluorescents

Rouler jusqu'à perdre son âme

Rouler dans les plaines

Comme des cowboys du futur

Mourir de soif dans les murmures

Des cigales desséchées

Explosées dans la vitre verte glacée

De la Chrysler au moteur dégommé

Nuits américaines

Joint que l'on fume

Dans un motel sans étoiles

Vapeur d'essence

Moteurs qui tournent en boucle

Se perdre dans le sens

Dans la direction ou mettre les voiles

Se remettre en question

Pour faire diversion

Rouler jusqu'au carrefour de la dérision

Nuits américaines

Labyrinthe V: Le temple

 

Les feuilles d'automne qui tombent sont le reflet miroir de ma mélancolie. Alors que j'avance à reculons dans les méandres de la ville centre du Labyrinthe. Les alcools d'hier effacent les souvenirs tourmentés, ils effacent son visage de mon esprit. Je m'avance dans les couloirs qui mènent au palais de l'impératrice. Devant moi, deux gardes féminins entraînées pour tuer vos espérances les plus profondes se posent en gardienne du temple de l'oubli. Je n'avais jamais vue porte aussi grande que celle qui se trouvait devant moi. On m'avait informé que franchir cette porte était un point de non retour, que l'effet d'attraction du labyrinthe serait si fort que jamais plus je ne pourrais sortir du centre, que je terminerais ma vie dans une éternelle réflexion et que doucement, je perdrais le sens de toute réalité et même ma raison d'être.

 

Je tendis le triangle aux gardiennes de la porte. Elles affichaient le mépris de leur rang. J'affichais mon indifférence, l'invitation était valide, j'étais le seul invité de l'extérieur. Le seul assez fou pour accepter l'invitation de l'impératrice. La porte coulissa lentement.

 

Soudain, je fus pris de vertige. Les effets de la porte n'étaient pas ceux que j'attendais. Je vis une femme que je ne connaissais pas s'avancer vers moi. Je n'avais plus de passé, plus de futur. Je sentais mes connections nerveuses se détendre. Elle me fit signe de la main, je la suivis dans les corridors du labyrinthe intérieur. Ils étaient beaux, ornés de grands poèmes calligraphiés à l'encre de chine.

 

Nous arrivâmes à la porte de la salle de bal. Sur cette porte se déployait un poème écrit en lettre d’or :

 

Les ailes de l'ange de feu

Se posent sur mes yeux amoureux

Et je me dépose en larmes

D'amertume

 

Les ombrages de mes désirs

Qu'elle combat avec plaisir

 

Elle s'échappe de moi

Emportée par les feuilles d'automne

Dans ces arbres de soir je vois

Les miroirs de mes vadrouilles

Des éclats de verres m'embrouillent

Labyrinthe: L'invitation

SUR LE TRIANGLE SE TROUVAIT L'INVITATION SUIVANTE:

 

INVITATION

AU BAL DE L'IMPÉRATRICE

VALIDE POUR UN PERSONNAGE

PRIÈRE DE LAISSER LE RESTE AU VESTIAIRE.

 

Labyrinthe : Les triangles (IV)

Et il pleuvait à grosses gouttes sur la Capitale. La pluie coulait le long de la vitre sale de l’Hôtel des Morts-Lentes. Les dernières bougies des festins s’éteignaient et je ne savais pas depuis combien de temps j’étais ici. La déferlante des heures, des jours et peut-être même des années affectait mon jugement. Je n’avais jamais cru pouvoir rester figé dans un lieu aussi longtemps. La tristesse devant le vide qui m’entourait ne provoquait plus rien en moi. J’avais peur de commencer cette grande guerre, celle pour laquelle j’avais traversé le labyrinthe; maintenant que j’étais si près du but, je ne savais plus dans quel camp j’étais.
 
Sur le mur de ma chambre se trouvait une étrange œuvre d’art, signée d’une thématique qui s’ouvrait sur une grande question. Une œuvre d’un ancien collectif perdu et aspiré par le labyrinthe des années plus tôt. Je reconnus cette signature pour l’avoir déjà vue maintes fois en graffitis sur les murs : « Pourquoi jamais? » Soudain, je fus pris de vertige, je me trouvais en pleine nature dans une immense cabane de bois. Les chandelles étaient la seule source d’éclairage et dehors un violent orage battait les vitres du camp.
 
Franchir le dernier chemin, le feu qui brûle. Coulent, telle de la cire fondue, les verres de gin qui engluent les souvenirs. Les glaçons s’entrechoquent au fond du verre. Une cigarette s’éteint sur la dernière ligne écrite. Partir au loin faire la guerre dans un empire de sable mouvant. Embrasser un mannequin vedette de cinéma. Traverser la mer pour rencontrer un vendeur d’armes et devenir son ami. S’évader de la plus haute forteresse. La chandelle se consume et je me vois allumer un cierge dans un lointain monastère. Brûler les espérances, brûler les drapeaux, brûler les mots.
 
Quand je revins à moi dans la chambre, la chandelle brûlait déjà le tapis et progressivement les rideaux s’enflammèrent. L’Hôtel des Morts-Lentes ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Quelque chose m’avait enfin libéré de ce lieu maudit. Je revenais enfin à l’essentiel. Il était temps de passer à l’Est. Je me mis de nouveau en marche dans les rues de la Capitale. Lorsque je plongeai les mains dans mes poches, j’en sortis, étonné, une clé en forme de triangle.
 
-Lac Carré nuit du 25 mai
(Merci à mon père pour les idées et surtout la correction)

Le temps horloge

Illustration allant avec le texte

Frappe,
Une seconde et il était là.
Fraction d'espace, rencontre lumineuse.
Frappe,
Une minute de retard.
Sur le long de la fenêtre se touche une larme de pluie.
Grillage du temps sur la feuille de calcul des moments.
Elle se croise, il se pousse.
Revenir en arrière s'avère impossible, le prochain rendez-vous marquera l'heure.
Glissade des mécaniques qui roulent et s'effacent.
Frappe,
Elle était là, il n'y était plus.
Tristes fleurs en main.
Il s'évanouit en un souvenir de poudre d'argent.
Frappe,
Le sifflet du train se fait entendre au loin.
Partir là-bas d'une gare à l'autre.
Et espérer quelque part peut-être entre les astres.
Frappe,
Rien n'est plus comme avant, il n'y a plus de gare, plus d'espace, plus d'attente.
Tous vont si vite, se dit-elle.
Elle marche contre le vent,
Sa chevelure grise s'évapore dans la brume du matin.
Voilà maintenant soixante ans qu'elle attend,
Mais le train ne viendra jamais, la guerre est finie.

Texte: Maxime Charbonneau
Illustration: Mélissa Pilon

Eucalyptus

Saupoudré  

D’eucalyptus emmitouflé

Dans des mitaines de vieux éternuées

L’homme aux mille regards

Se penche sur l’historique retard

Du mouvement pendule

Qui afflige le déplacement de ses courbes détendues

Origine précaire de classe laborieuse

Il ne saurait être autre chose que détonateur rieur

Huit cent douze contraintes éméchées

Le couvercle décadent explose en œuvres exposées

Sur le balcon des balbutiements

De son idéal tourmenté et dément

L’homme patient canne d’or en main

S’avance aux pas de l’oie

Et à son oreille dévoilée

Glisse des mots hautains

Des sons de bas quartiers

Des hérétiques idées

Être

Qu’il est dur d’être un homme dans ce pays.
Qu’il est dur d’être dans ce pays.
Ce soir le ciel m’aspire.
Je marche sur les étoiles.
Des fantômes s’approchent de moi.
Seul réconfort d’un soldat errant.
Que reste-t-il de moi?
Devant le vide céleste.
Ce soir je disparais dans les rues de la ville.
Que restera-t-il de moi?
De nous?

Labyrinthe : Le Prince

Le prince marchait dans la rue et les fidèles s’agenouillaient devant son humble présence. Il traversait de long en large la ville qui s’était faite si belle pour son arrivée. Il était l’homme de la situation et nul ne pouvait obscurcir son règne. J’étais témoin de son passage, incapable de comprendre comment il pouvait avoir régné si longtemps sur son peuple.
Le prince, d’un long mouvement d’épaule, rabattit sa cape, ce qui fit pour un instant briller le pommeau de son épée, legs de son père, souverain intemporel du royaume de l’oubli. Ici, il n’était pas question de changer quoi que ce soit. Le temps s’arrêtait pour les passagers des infinis. Il y avait des lustres que je marchais dans ses corridors sans fin. Le gouffre qui m’avait aspiré et m’avait emporté si creux au sein des couloirs que j’étais finalement arrivé au milieu de la capitale du royaume de l’oubli : Éternité.
Les bourgeois de la ville ne semblaient pas vouloir comprendre qu’au loin les murs du royaume s’effritaient dans de vastes mouvements de souffrance impitoyable. Alors que j’étais toujours fasciné par le passage du prince, j’eus une vision : son pas, son rythme, ses cheveux. Que pouvait-elle faire ici, celle-là même, raison de ma perte.
Le prince se baissa et d’un geste élégant lui fit signe de bien vouloir lui faire l’honneur de se joindre au long convoi de sa puissance. D’un mouvement gracieux, lent et majestueux, elle honora le prince et grimpa sur le carrosse royal. Délicieusement, elle déposa un baiser sur ses lèvres. Je le reconnus enfin. C’était une vision impossible. Que pouvait-il faire ici, lui aussi, mon si cher ennemi?
Il y avait si longtemps que je le combattais, que pour se défaire de moi, il avait dû m’envoyer aux confins du royaume dans l’endroit le plus sordide et le plus vil du labyrinthe. Que pouvait-elle bien faire avec lui?
Je pris une chambre à l’Hôtel des Morlentes où l’odeur du hasch n’arrivait pas à couvrir celle des nuits trop courtes au service de nymphes qui ne vous laissent jamais repartir. Mon malheur était ma seule protection. Il semblait bien qu’aucune d’elles ne pouvait m’approcher, ne pouvant pas supporter toute cette mélancolie

Labyrinthe la suite

Labyrinthe partie II

 Au cœur du labyrinthe, nous trouvons toujours les mêmes choses. Un regard oublié, une main qui s'efface, un baisé sans lendemain. J'ai découvert le sens profond des mélancolies qui tracent un pli sur son visage. Je me noie dans mes pensées carbonisées par le mépris des paroles prononcées comme un réflexe. Je t'aime, saccade ma souffrance. Martèle mon propre oubli. J'entends les lettres qui se typographient sur le vent de ses lèvres.

Nous serons contre le monde à jamais. Il n'y a plus de monde, il n'y a que le silence du vent qui tournoie.

Sur un banc dans un couloir gravé de graffitis d’artistes héroïnomanes, je regarde le temps qui s'écoule sur le sablier de l'homme aux mille regrets. L'accès se referme sur moi. J'entrevois, au loin, le baiser volé dans la nuit. Il s'évanouit, il coule sur le temps comme la crème glacée sur ses lèvres. Il devient irréel. Les larmes sèchent sur ma peau qui brûle d'amers doutes. Je suis rempli d'incertitude qui violace mon avenir. Le dessin des fantômes du néant amoureux s'affiche sur les rebords du corridor.

L’asphalte chaud transperce les semelles de mes bottes. Je marche en insomniaque. Je ne ris plus. J'effectue une boucle sur moi-même. Je suis flottant, je dérive sans autre idée que celle de m'évanouir dans les ombres. Mon cœur s'emplit d'une tristesse sans fin. Le labyrinthe m'absorbe. J'entends au loin les pas d'une sentinelle. Il semble donner desordres.

Soudain l'eau monte, torrent d'amertume grise. Elle monte aux chevilles des indolences. Elle se fiche de la présence d'êtres sur son chemin. Elle monte, elle m'aspire vers le fond. Elle est chaude, très chaude, elle bout de ma déchéance. Je dois maintenant me débattre, elle m’emporte vers un long tunnel circulaire.

Temps

Le temps qui sombre

Dans les ténébres

Avalé par les araignées

Tout évaporé

Par les idées

Dévastées

 

S'étale le long de la bordure

Comme de la confiture

Couleur sang verdure

Des arbres qui acceuillent

Les supplices éceuillent

 

Les fées ne sont plus qu'illusions

Une illustre perversion

Des sentinelles imaginations

Des sens perdus déconfits

Au milieu des convives surpris

L'ordre du jour

L’ordre du jour

Il nous faut de l’ordre ordonné

Messieurs les gendarmes

Il faut passer les rebelles aux armes

Ordre est donné d’obéir

L’obligation en finir

Dans l’ordre des nobles notables

Passent sur les rues droites

Droiture et pourriture

Ne feront jamais bon ménage

Honorables personnages

Sonnons les cloches

Pour vider cette poche

De résistance

Persistante

Ennuyante

Énervante

Ordre, au pas militaire

Ordre, au pas disciplinaire

Ordre, Ordonné

Feu à volonté